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SHERLOCK SAISON 1 ET 2

Posté par ACROSS THE DAYS, le 31 janvier 2012

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C‘est dans un étonnant silence médiatique et culturel que l’œuvre de Maurice Leblanc est passée dans le domaine public. Et autant tout le monde se fout sur la gueule pour sortir un énième remake de La guerre des boutons dès que l’œuvre devient libre de droits, autant personne ne semble s’intéresser au matériau formidable que représente Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur. De là à dire que les producteurs français n’ont aucun goût et se complaisent dans la ré-utilisation de recettes usées jusqu’à la moelle, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas. Mais tout de même, si un producteur français me lit : vous êtes nazes les gars. Ca va faire une décennie que vous produisez de la merde, aussi bien à la télé qu’au cinéma. Et non, les séries de Canal+ ne rattrapent pas le coup, parce que c’est toujours la même chose et que les trucs mélo-dramatiques et super dark c’est sympa au début mais ça finit par user. Vous n’avez pas de talent, alors ravalez votre fierté et ayez le courage d’imiter les bonnes personnes. Imitez les rosbeefs, et faites moi une bonne réadaptation contemporaine d’Arsène Lupin en série, avec Jean Dujardin dans le rôle titre. Mais avant ça, commencez par regarder les deux premières saisons de Sherlock et prenez en de la graine.

Sherlock est une série télévisée britannique, diffusée sur BBC, et composée de deux saisons divisés en 3 épisodes d’1h30 chacuns. La série est bien entendue basée sur l’œuvre de Sir Conan Doyle, avec la grosse différence que c’est au XXIème siècle que l’ami Holmes va résoudre ses enquêtes. Un contexte contemporain qui a pour principal effet de démarquer la série des trilliards d’adaptation dont Sherlock Holmes a déjà fait l’objet, en plus de rapprocher sérieusement les personnages du spectateur. C’était une pirouette audacieuse, mais au final ce mariage entre un univers moderne et une œuvre d’une austérité absolue est une splendide réussite, a à peu près tous les niveaux.

En 2010, Sherlock Holmes est « consultant détective », c’est à dire un privé aidant la police sur les affaires compliquées et, d’après lui, le seul au monde dans cette profession. Le personnage principal est très similaire à celui de l’œuvre originale, mais j’ai l’impression (impression, parce que je n’ai pas lu un livre de Conan Doyle depuis un bout de temps) que l’ensemble de ses traits de caractères ont été exacerbés, dans un but aussi bien scénaristique qu’humoristique : il passe d’arrogant à véritable enfoiré, et d’intellectuel très doué à génie de la logique, plus proche du supercalculateur que de l’humain. Absolument rien ne lui échappe, il réalise les connexions à la vitesse de la lumière et de manière impressionnante parce qu’apparemment crédible. Et si il parait pratiquement impossible pour le spectateur de connecter avec un personnage aussi extraordinaire (au sens propre : hors de l’ordinaire), il développe au fur et à mesure des épisodes une profondeur qui permet une certaine empathie (limitée, mais c’est mieux que rien). Il est en tout cas très réussi, brillamment interprété et habilement mis en valeur par une solide galerie de personnages secondaires.  Ces derniers sont nombreux, et dans l’ensemble plutôt sympathiques.

Dommage que la série n’ait pas réussi le tour de force de faire de Watson un personnage intéressant, mais bon, c’était une cause perdue de toute façon. Et en en faisant un vétéran d’Afghanistan avide de retrouver un peu d’excitation, ils ont au moins réussi à ne pas le rendre exaspérant, ce qui constitue en soi une performance remarquable. On retrouve sinon l’ensemble des personnages récurrents de l’œuvre de Conan Doyle, depuis l’inspecteur Lestrade jusqu’à l’ennemi juré de Holmes, le fameux Jim Moriarty qui opère comme « consultant criminel ». Ces personnages interviennent de manière régulière, bien que parfois indirecte, dans les enquêtes de Sherlock.

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Enquêtes qui représentent bien entendu le cœur de la série. Alors qu’est ce que ca donne ? C’est bien. On est dans la grande tradition du roman policier, remis au goût du jour. Il y a un mystère apparemment insoluble et un protagoniste dépassé par les évènements. Sherlock rentre dans la place, jette un vague coup d’œil à la tapisserie, humilie d’une simple phrase l’ensemble de Scotland Yard, et résout l’histoire en mangeant des nouilles chinoises avant de rentrer au 221 Baker Street en blaguant avec Watson. Bon en fait ça se complexifie assez rapidement (notamment quand Moriarty commence à rentrer dans le jeu), mais en gros c’est ça.

Et j’ai beau faire partie de l’école qui considère qu’Hercule Poirot exploserait la tronche de Sherlock Holmes les mains dans le dos, les yeux bandés et les jambes liées, je dois avouer que ça marche plutôt bien. A l’exception de l’épisode sur le chien des Baskerville que j’ai trouvé au final assez médiocre (on sent que les scénaristes ont galéré à réinventer l’histoire originale), les épisodes possèdent dans l’ensemble une excellente histoire, et surtout une excellente ambiance. Les deux premiers épisodes de la première saison sont à ce titre exceptionnel, avec une tension montant petit à petit et explosant sur la fin dans une grandiose conclusion. Mais si l’ambiance devient parfois assez sombre, c’est aussi souvent très léger, notamment lors des joutes verbales entre Watson et Holmes, ou avec l’inspecteur Lestrade (probablement mon personnage secondaire favori, excellent de détachement). Du beau boulot, vraiment.

La série utilise aussi habilement le contexte contemporain : Holmes envoie des sms, cherche des emplacements sur googlemaps et utilise le GPS pour se repérer. Quand à Watson, son traditionnel journal est devenu un blog qui va contribuer à la célébrité de Sherlock Holmes. Cette présence de la technologie dans les enquêtes est d’ailleurs souligné par la mise en scène, avec (par exemple) des incrustations de ce que le protagoniste peut taper sur son portable dans le champ du spectateur : la caméra n’a pas a faire un plan sur le portable, car le sms s’affiche directement à l’écran. Certains trouveront ça trop tape à l’œil, pour ma part je trouve ça plutôt bien pensé même si au final anecdotique (s’extasier sur la mise en scène comme ont pu le faire certains journalistes est largement exagéré, on est plus proche du gimmick sympathique que de l’innovation majeure). La série a surtout évité de tomber dans le piège d’un Holmes suréquipé en technologie qui aurait intensivement recours à celle-ci dans la résolution de ses enquêtes. Que dalle ici, la technologie est un discret soutien utilisé de temps en temps, mais les enquêtes reposent presque exclusivement sur la logique et le génie du personnage principal.

Sherlock est donc une excellente série* et une brillante adaptation moderne d’une œuvre classique. C’est bien joué, bien réalisé, les intrigues sont prenantes et l’ambiance oscille en permanence entre la légèreté et l’humour, et la noirceur sordide. Messieurs les producteurs, j’espère que vous avez pris pleins de notes. Maintenant, appelez Jean Dujardin, levez vos petits culs et essayez de me pondre quelquechose de convenable. L’évasion d’Arsène Lupin de la Prison de la Santé a intérêt a déchirer.

*Même si on peut débattre du terme de série quand une saison est composée de trois épisodes et que chaque épisode dure 1h30…


5 commentaires

  1. Atelierleon dit :

    J’adore Sherlock et j’avoue qu’une série Arsène Lupin me ferait bien plaisir…

    A voir égaleent Murdoch Stories.

  2. Simon dit :

    Je ne parle pas allemand.

  3. Et t’as bien raison, c’est vraiment une langue de merde.

  4. Lucie dit :

    OH! oui je veux trop une série sur Arsène Lupin aussi bonne que Sherlock :D


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